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Photo by Josh Felise

Aujourd’hui on continue notre réflexion sur « qu’est-ce que le bonheur ? » mais la nouveauté va être de se pencher un peu plus sur le côté scientifique et sur celui de la recherche en sciences humaines autour du bonheur. On a déjà vu l’importance que revêt la recherche de sens, et les risques liés à notre société dans la poursuite du bonheur, avec l’article sur l’imbécile heureux.

Ainsi nous allons donc chercher avec l’aide de la science, comment être plus heureux. Tout simplement si on comprend mieux « qu’est-ce que le bonheur ? », on sera plus apte à le maîtriser.

« Il n’est pas de condition humaine, pour humble ou misérable qu’elle soit, qui n’ait quotidiennement la proposition du bonheur : pour l’atteindre, rien n’est nécessaire que soi-même. » – Jean Giono

Ce que souligne l’auteur, c’est l’importance « d’aimer la vie que l’on mène ». Mais qu’est-ce qu’on peut dire de tout ça ?

1. Des questions plus ou moins évidentes…

Alors déjà il est beaucoup plus facile de répondre à la question : « Qu’est-ce qui me rend heureux ? » que la question : « Qu’est-ce que le bonheur ? ».

En effet je peux dire que je suis heureux, lorsque je suis en présence des gens que j’aime, que je caresse mon chat à côté d’un bon feu de cheminée, que je regarde un match de rugby, que j’aide une personne triste à sortir de son malheur, que j’écoute de la bonne techno ou de la bonne house…

Tout ça « me rend heureux », mais est-ce que le bonheur réside dans l’addition de ce genre de moment ?

Si tel est le cas, alors pourquoi ces expériences qui me rendent heureux, ne rendraient pas nécessairement quelqu’un d’autre heureux ?

Je connais des gens qui détestent la techno, mais aussi le rugby, ou le sport en général. Il y a donc là une dimension subjective au bonheur.

Cela dit parfois, ces moments ou ces choses qui peuvent me rendre heureux, dans d’autres moments ne me rendent pas heureux ! Par exemple lorsque je suis malade, que mon esprit est occupé, que mon cœur est inquiet, si vous voyez ce que je veux dire…

Ainsi le bonheur se trouve-t-il à l’extérieur, c’est-à-dire dans les choses, ou bien en nous-même ?

2. Une complexité apparente, et des conceptions différentes…

On peut assurément vivre bien et même heureux, sans se poser la question du bonheur. C’est le cas d’un bon nombre de sociétés.

  1. Des sociétés où la question du bonheur individuel ne se pose même pas. On y vit heureux des mille et une expériences de la vie quotidienne. Et cela, en tenant son rôle dans la communauté à laquelle nous appartenons. Mais aussi le lot de souffrance qui va avec cette place. Il existe des milliards d ‘individus qui ont vécu comme ça ! Pour s’en rendre compte rien n’est mieux que le voyage, semble-t-il.
  2. D’un autre côté, c’est plutôt différent dans la société moderne. Le bonheur n’est plus immédiatement aux données immédiates de notre vie quotidienne et sociale, puisque nous le poursuivons plutôt au travers de l’exercice de notre liberté et donc de nous-même… Le bonheur tient plus à notre satisfaction et à celle surtout d’assouvir nos désirs.

Dans notre monde moderne, on peut vivre heureux sans se poser de questions. Dans ce cas, on cherche un maximum de plaisir et au contraire on tente de fuir maximum tout ce qui peut être pénible et douloureux.

Seulement l’expérience montrent qu’il a parfois des choses très agréables sur le moment mais qui par la suite, peuvent donner des effets négatifs :

  • · La cigarette
  • · Boire un verre de trop
  • · Prendre des drogues
  • · Regarder un épisode de trop sur Netflix et s’en vouloir le lendemain
  • · Etc…

A l’inverse, les expériences pénibles se montrent parfois bénéfiques sur le long terme ou nous aide à grandir.

Par exemple accomplir un effort prolongé durant ses études, ou faire de même pour l’activité sportive ou artistique, prendre un médicament au mauvais goût.

Bref la poursuite de l’agréable et le refus du désagréable, ne sont pas toujours les meilleurs moyens pour être heureux.

En fait, c’est plus complexe

De plus, on ne peut pas maîtriser certains événements ou certaines personnes qui risqueraient de nous rendre malheureux. C’est pourquoi nous sommes obligés de constater que le bonheur est bien plus complexe, mais surtout subtil, volatile, ou encore aléatoire ! Ainsi une question légitime est de se dire :

« Comment est-ce que les scientifiques peuvent donc trouver un bon moyen pour étudier le bonheur ? »


3. Comment parler du bonheur en science ?

Alors qu’est-ce que le bonheur en science ? Le bonheur est très complexe et on va en voir deux exemples.

Une histoire de langage :

Pour preuve la communauté scientifique n’emploie jamais le mot « bonheur ». En fait les spécialistes du cerveau, docteur en neurosciences ou autres psychologues, et sociologues, utilisent un autre mot pour parler du bonheur. Le terme utilisé, c’est le « bien-être subjectif ». Ce dernier est directement relié à la satisfaction que l’on a de notre vie.

Le bonheur est un peu complexe puisqu’il peut correspondre à la fois, à un état instantané, mais aussi et surtout à une satisfaction globale, que l’on a de son existence.

Une histoire d’observation :

On sait reconnaître du point de vue scientifique, le plaisir cela correspond à un stimulus simple au niveau du cerveau. En revanche même si on pose des électrodes sur la tête d’un individu, il est assez dur d’évaluer le bonheur : c’est ce qu’on appelle un processus complexe.

En ce sens le bien-être subjectif est bien plus lié à l’expérience, qu’à la sensation. Par exemple, je peux être malheureux au moment de faire le test mais globalement heureux dans la vie, et inversement.

Ainsi le bonheur n’est pas une émotion passagère (agréable ou désagréable), mais plutôt un état de satisfaction globale liée à notre existence.

« Il n’est pas de condition humaine, pour humble ou misérable qu’elle soit, qui n’ait quotidiennement la proposition du bonheur : pour l’atteindre, rien n’est nécessaire que soi-même. » – Jean Giono

La citation de Giono indique d’autant plus qu’il faut aimer la vie que l’on mène pour pouvoir arriver à cet état bien-être subjectif. Mais il y a aussi un détail très intéressant : il est question de « proposition quotidienne ». Et une proposition sous-entend, une possibilité de choix. Bien qu’il n’utilise jamais ce mot, Giono sous-tend donc qu’il s’agit d’un choix.  Et c’est sur ce dernier point que l’on va s’arrêter.


4. Qu’est-ce que le bonheur : est-ce un choix ?

Nous devons avoir conscience de notre bonheur pour être heureux.

On ne peut pas répondre si on est satisfaits ou non de notre vie, si on n’a pas réfléchi à sa propre existence !

Les animaux ressentent bien évidemment du bien-être, cela dit ont-ils conscience de la chance qu’ils ont de se sentir bien ?

Le bonheur est un sentiment ultra lié à la conscience de soi. Pour être heureux, il faut avoir conscience de son bonheur et de son privilège. Seulement la science nous montre toute la difficulté du problème.

Malheur > Bonheur

Un certain nombre d’études scientifiques montrent que nous avons plus facilement conscience des moments négatifs que positifs. Les moments négatifs, nous marquent plus, on les mémorise plus.

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Photo by Johannes Plenio

D’après la psychologie évolutionniste cela a un lien direct avec la survie : il est éminemment plus important de repérer et de mémoriser un danger pour trouver une solution et y paraît ; que de se souvenir d’un moment agréable.

Ceci est un processus naturel voulu par notre cerveau : au temps de nos ancêtres très, très lointains, la nature était hostile et le danger était partout : une branche qui craque ou des herbes aplaties étaient le signe d’un prédateur. Pour rester en vie, il faut donc pouvoir repérer en une fraction de seconde la chose qui ne va pas (le négatif). Notre cerveau a donc conservé au travers de l’évolution, une partie de ce fonctionnement sur le mode « survie ».

Dans le même genre rentrer chez vous après une journée de « merde », mais posez-vous cette question : est-ce que c’est toute votre journée qui est merdique ou est-ce que c’est seulement 10-20 minutes qui se sont mal passées ?

On retient mieux le négatif, d’où la nécessité de prendre conscience et de profiter lorsque l’on vit un moment qui est doux, joyeux, et agréable. C’est aussi notre but de décider de le prolonger le plus longuement possible, et ce que nous dira Montaigne (sur lequel on reviendra plus tard).


Récapitulatif :

Pour résumer, je dirais que la définition sociologique du bonheur tient en une seule question : « Aimons-nous la vie que nous menons ? »

Ainsi dans cette interrogation sur « qu’est-ce que le bonheur ? » : on avance ! On peut désormais appréhender le bonheur comme un état de bien-être subjectif, un état de conscience, et de satisfaction plus ou moins globale et durable.

C’est notre choix d’agir ou de développer cette conscience, comme le souligne Jean Giono. Néanmoins, est-ce que cela suffit pour décrire pleinement : qu’est-ce le bonheur ? Et surtout est-il possible d’agir plus directement sur lui ? De le rendre plus global et plus durable ? Et surtout moins indépendant des aléas de la vie ?

Nous avons vu ici un certain nombre d’arguments émanant des sciences, mais avons-nous tous vu ?

Bien entendu, non ! C’est pourquoi nous allons continuer de creuser pour tenter de mieux définir le bonheur. Et ce dès les prochains articles, pour voir d’autres aspects mis en avant par la science, mais aussi la philosophie.

Nous traiterons de la notion de plaisir évoqué notamment dans cet article (donner sens à sa vie). Nous serons accompagnés des philosophes Aristote, et Épicure pour réfléchir. Sinon si vous avez apprécié, ou pas d’ailleurs s’il vous plaît laissez-moi un commentaire.


Si jamais vous voulez prendre de l’avance : https://www.franceculture.fr/emissions/science-publique/la-science-t-elle-deniche-le-bonheur

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