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La semaine passée, nous avons rapidement abordé le questionnement sur « notre place » dans ce monde. Et pour trouver sa place il y a quelque chose qui revient souvent, c’est l’idée de donner du sens à sa vie. Nous avons justement indiqué la semaine passée que le rêve était une manière de se donner un cap pour mieux avancer, et prendre passion à la vie. Cela dit, je voudrais réfléchir un peu plus à cette expression : pourquoi faire ça ? Est-ce que donner du sens à sa vie est vraiment ce qui compte le plus ?


Le bonheur : comment en parler ?

Pas besoin d’être un génie pour comprendre cela, la recherche de sens est étroitement liée au bonheur. Depuis longtemps déjà, le bonheur est l’un des buts existentiels, les plus visés. Dès 1776 dans la déclaration d’indépendance américaine, la « recherche du bonheur » est vue comme un droit inaliénable de l’être humain. Cet aspect, où le bonheur est vu comme un objectif s’appellent l’eudémonisme. Cependant le bonheur n’a pas toujours été la valeur transcendant toutes les autres. Le spleen par exemple était très apprécié au 19ème siècle pour ses vertus créatives ; au siècle du romantisme la tragédie et la souffrance, étaient vues aussi comme méritoire et créative. Il y avait ainsi une critique de la recherche du bonheur individuel à cette période. J’essaierais d’apporter plus d’éléments là-dessus une prochaine fois.

Ainsi aujourd’hui, je voudrais entamer par la même occasion une réflexion sur le bonheur et son lien dans la quête de sens. J’aimerais aussi que l’on est conscience que le bonheur revêt différents aspects, et que ce n’est pas ce seul article qui permettra de nous en donner une idée fidèle. Cette notion est si délicate qu’il faudrait des milliers d’articles pour pouvoir s’en approcher rien qu’un peu.

Bien que la recherche du bonheur soit l’une des choses les « plus partagée au monde, il n’est pas aisé d’écrire à son propos » nous indique le sociologue, Frédéric Lenoir dans son merveilleux livre : Du bonheur, un voyage philosophique.

Tout d’abord, parce que le bonheur est une chose bien difficile à cerner, tandis insaisissable : il nous échappe (parfois on ne le reconnait qu’une fois le malheur survenu) ; tandis tangible ou presque, tant parfois une quête raisonnée vers le bonheur peut amener des effets positifs. En effet cette quête n’est pas si insensée, nous rappelle Lenoir, car il semble que l’on puisse « réellement être plus heureux en réfléchissant sur la vie, en effectuant un travail sur soi » ou « en apprenant à faire les choix les plus judicieux » (et c’est de choix dont il sera question aujourd’hui) ; « ou bien encore en modifiant nos pensées, nos croyances, ou les représentations que nous nous en faisons de nous-mêmes et du monde ».

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Photo by Camila Cordeiro

Le bonheur est comme dur à apprivoiser, et aussi très paradoxal puisqu’il semble tout autant relever « du destin ou de la chance, que d’une démarche rationnelle et volontaire ». C’est pourquoi aujourd’hui, devant cette certaine difficulté, la plupart des études en psychologie, ou bien en sociologie, utilisent le terme de « bien-être subjectif » lorsqu’il s’agit de traiter du bonheur.

Dans notre société, l’étude du bonheur ne peut être vraiment reliée à des donnés que l’on pourrait recenser au travers de la vie quotidienne ou certains phénomènes sociaux. Il semble que ce dernier dépende plus de nous-même, de l’exercice de notre liberté, et de la satisfaction générale que l’on tire de son existence (accomplissement de certains désirs, plaisirs, rêves…). Le « bien-être subjectif » se rapporte ainsi plus à aimer la vie que l’on mène et à vrai dire cela ne revêt certainement pas tous les aspects du bonheur. Toutefois cela permet de mieux cerner l’objet, et d’en tirer des conclusions plus pertinentes pour la recherche.

Nous venons de le dire il y a peu, le bonheur est un objectif massivement répandu, mais comment l’atteindre ? Faut-il donner un sens à sa vie pour cela ?


Le bonheur : l’objectif

Un hédonisme raisonné dès l’antiquité : Aristote et Epicure

Certains avancent que c’est le plaisir qu’il faut placer au centre de notre recherche sur le bonheur. A commencer par des philosophes antiques comme Aristote ou bien Epicure. Néanmoins il ne faut pas voir ces penseurs comme dans un hédonisme extrême mais plutôt une forme d’hédonisme raisonné. Dans le sens où le plaisir serait la condition d’accès au bonheur, c’est-à-dire le moyen, mais qu’il y a dans leurs pensées un refus d’une abondance de ces derniers (il ne faut pas en abuser pour autant). Nous rentrerons plus en détail sur cela dans un prochain article.

Donc pour donner sens à sa vie, on passait par une utilisation raisonnée des plaisirs, seulement il semble que cette sagesse se soit un peu modifiée, ou perdue au cours des temps.

Frankl Vs Freud : hédonisme et logos

Contrairement aux philosophes antiques, les psychologues du XXème siècle avaient plutôt tendance à dissocier le plaisir et le sens. Le célèbre neurologue et psychanalyste, Sigmund Freud, défend une thèse des plaisirs. Il nous dit que : « les hommes cherchent à être heureux et à rester heureux. » ; en précisant que cette ambition comporte deux faces : un but négatif et un autre positif.

La face négative consiste en une démarche humaine permanente à fuir les douleurs et à s’écarter de tout ce qui empêche la joie chez l’homme. Et plus positive de l’autre côté : les humains sont toujours en quête de leurs jouissances et leurs plaisirs. A partir de là, et dans un sens restreint du terme, le bonheur désigne le fait d’atteindre le deuxième but, le plaisir et la jouissance. Et, suivant cette dualité, l’activité humaine se développe dans ces deux sens, fuite de la douleur et attachement ou attrait à la joie, au plaisir et à la jouissance.

    Viktor Frankl, psychiatre rescapé des camps de la mort et dont la pensée s’est en partie construite à partir de ce terrible évènement, répond à Freud, en défendant une thèse diamétralement opposée : l’être humain est fondamentalement mû par la quête de sens. Celui qui a une raison de vivre peut supporter n’importe quoi. Dans le récit qu’il a fait de sa vie dans les camps de la mort nazis, il construit sa philosophie autour de cette question de sens comme principale force motrice de l’être humain.

Son approche appelée logothérapie, est une thérapie appliquant cette recherche de signification dans le traitement de différentes maladies. Par ailleurs, une des clés du bonheur serait, selon Viktor Frankl : de pouvoir accepter une situation à laquelle nous ne pouvons rien changer. Connaissant un peu l’histoire celui-ci, je pense que cela est un bon conseil (à ce propos cela rappelle un peu la posture des stoïciens).


Et aujourd’hui alors, qui suivre ? Qui croire dans cette poursuite du bonheur ?

Dans son livre, Frederic Lenoir nous rappelle que ces théories ne s’opposent pas pour autant : « loin de se contredire l’une et l’autre théories sont vraies : la nature même de l’être humain le pousse à rechercher, et le plaisir, et le sens ». Il semble que l’homme n’est « véritablement heureux que lorsque sa vie lui est agréable et revêt une signification ».

Tout autant que le plaisir, le sens apparait comme essentiel au bonheur. Ainsi les sociologues placent le plaisir et le sens, parmi les premières raisons du « bien-être subjectif ». Des études en neurosciences tendent à montrer que le taux de plaisir et le sens que l’on donne à sa vie, sont des constantes présentes chez les personnes heureuses, et soulignent aussi qu’une personne ressentant beaucoup de plaisir, estimera facilement avoir trouvé un sens à son existence.

Donner un sens à vie, c’est quoi ?

C’est faire un exercice de la raison. Ce dernier permet : « une mise en cohérence de notre vie en fonction des valeurs ou des buts que nous poursuivons. Nous choisissons de satisfaire tel plaisir ou de renoncer à tel autre parce que nous donnons un sens à notre vie, et ce, aux deux acceptions du terme : nous lui donnons à la fois une direction, et une signification. »

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Photo by Andrew Neel

« Il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait dans quel port se rendre. »

-Sénèque

(« et aussi, se pourquoi il s’y rend » : bien que ça ne puisse trouver sa place dans cette métaphore marine, je le rajouterais lorsqu’il s’agit de parler de la vie.)

 

Le sens ou notre super focalisation sur la destination :

J’aimerai terminer dans cette partie avec les mots de l’auteur, puisqu’il le dit si bien lui-même :

« Qu’on atteigne ou non ces buts n’est d’ailleurs pas l’essentiel. Nous n’allons pas attendre d’avoir atteint tous nos objectifs pour commencer à être heureux. La voie compte plus que le but : le bonheur vient en cheminant. Mais le voyage nous rend d’autant plus heureux que nous avons plaisir à progresser, que la destination vers laquelle nous allons est identifiée (quitte à changer en cours de route) et qu’elle répond aux aspirations les plus profondes de notre être. »

J’apprécie beaucoup cette vision-là, et c’est cette même idée que l’on trouve résumée sous cette phrase : il n’y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin.

En somme il est nécessaire d’avoir à la fois plaisir et d’éprouver un sens dans nos actions, pour être heureux. De cette manière être heureux, c’est donc apprendre à choisir : « non seulement les plaisirs appropriés, mais aussi sa voie, son métier, sa manière de vivre et d’aimer. Choisir ses loisirs, ses amis, les valeurs sur lesquelles fonder sa vie. Bien vivre, c’est apprendre à ne pas répondre à toutes les sollicitations, à hiérarchiser ses priorités. »


extra pour donner du sens :

-livre de Victor Frankl : https://amzn.to/2PymV65

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